
| Les Films | ACCORDS
DESACCORDS : FAUX-SEMBLANTS Un film par an, sinon rien. Par habitude ou par gourmandise, Woody Allen sert donc son menu préféré, son uvre de l'année, à un public français qui en a fait un référant culturel (ses films font généralement plus d'entrée sur Paris-périphérie que sur l'ensemble du territoire américain). Toujours prévisible, encore singulier, l'ami américain n'a jamais cessé de parler de lui (avec ou sans psychanalyste) à travers les héros caméléons de ses fictions hétéroclites. Il n'a jamais cessé de mentir non plus ("Zelig", Harry dans tous ses états") Film d'époque, "Accords et désaccords" est la vrai/fausse biographie (à vous de la croire ou non) d'Emmet Ray, guitariste génial et mégalomane, grossier et fascinant, qui s'illustra dans les cabarets de Chicago et Detroit à la fin des années 30. Séducteur, maquereau, kleptomane, mythomane, alcoolique, grande gueule, cette figure artistique n'avait qu'un seul rival qu'il n'égalera jamais : Django Reinhardt. A la seule évocation de ce nom, ce monstre attendrissant est capable de s'évanouir sur place. Entrecoupé de témoignages (Woody Allen lui-même, des historiens du jazz, le biographe "officielle, etc.) assurant qu'on ne sait pas grand chose sur le bonhomme mais qu'on connaît maintes anecdotes à son sujet. "Accords et désaccords" ne se borne pourtant pas à cataloguer les hauts faits de l'énergumène génial. Atteint par la grâce, Allen multiplie les rencontres hors du commun avec ce paumé, notamment les séquences touchantes et amoureuses entre Emmet et une jeune femme muette (surprenante Samantha Morton), et qui s'achèveront en eaux de tristesse. Plaisamment mélancolique, le charme suranné de ces années folles dégage un réel parfum de séduction, la présence et le jeu imaginatif de Sean Penn ajoutant à l'attrait de l'affaire. Et si Freud n'a rien à voir là-dedans, il n'en va pas de même pour Woody et ses sempiternels maux d'artistes, tous reconnaissables et identifiables avec le même plaisir chez ce guitariste virtuose. Et quand Emmet se rêve Reinhardt, c'est parce qu'Allen s'est voulu Bergman, Chaplin ou Minnelli, ne reculant devant aucune des audaces cinématographiques pour accomplir toutes ses vies sur grand écran. J. S. de Woody Allena avec Sean Penn, Samantha Morton, Uma Thurman |
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